Catherine Hill
Service de Biostatistique et
d’Epidémiologie, Catherine HILL Travaille dans deux domaines : l’épidémiologie des cancers et la recherche clinique. Dans le domaine de l’épidémiologie des cancers, a publié un livre faisant le point en 1997, et surveille l'évolution de la mortalité par cancer en France. Surveille la consommation de tabac en France et ses conséquences sur la santé de la population. A étudié la mortalité autour des installations nucléaires françaises, et coordonne la contribution française à une étude internationale des travailleurs de l'industrie nucléaire. Participation à de nombreux travaux de recherche clinique en collaboration avec les cliniciens de l'Institut Gustave Roussy, notamment dans les domaines du cancer du sein, de la thyroïde, des cancers ORL et de la bactériologie. A publié un livre de base sur les méthodes statistiques nécessaires pour étudier les données de survie et publie régulièrement des articles de mise au point sur des problèmes de méthodologie statistique à l'usage des cliniciens. Auteur de 160 articles publiés, ou sous presse, dont 82 dans des revues avec comité de lecture et 85 comme premier auteur, 8 livres dont 5 comme premier auteur, et une soixante de chapitres de livre ou abstracts. ÉPIDÉMIOLOGIE DU TABAGISME Catherine
HILL Introduction La surveillance de la consommation de tabac et l’étude des
conséquences de cette consommation sur la santé de la population française
constituent une priorité de santé publique. Les conséquences du tabagisme sur
la santé sont aujourd'hui bien connues et, à partir des données nationales de
consommation tabagique et des résultats d'enquêtes ayant suivi des fumeurs et
des non fumeurs, on peut évaluer la mortalité attribuable au tabagisme en
France. Il est par contre impossible de chiffrer la morbidité, en effet le La connaissance que nous avons des effets du tabac nous
permet également de mesurer les conséquences de l'arrêt et de constater
l'absence probable d'effet d'une réduction de la consommation. Enfin, nous pouvons facilement prévoir les conséquences du
tabagisme actuel, qui seront observables pendant les 30 à 50 prochaines
années. Matériel et méthodeLa consommation de tabac peut être étudiée à partir de deux types de données : les données de ventes, et les résultats des sondages sur des échantillons représentatifs de la population. Ces sondages ont été réalisés depuis 1953 par la SEITA sur des échantillons de 3 500 à 24 000 personnes selon les années, depuis 1974 par le Comité Français d’Education pour la Santé (CFES) sur des échantillons d’environ 1 000 à 2 000 personnes, et, en 1980, 1990 et 1995 par l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE), sur des échantillons de 16 000, 17 000 et 10 000 personnes (Le Laidier 1984, Guignon 1996). Les résultats des sondages réalisés avant 1986 ont été publiés (Nicolaides-Bouman et coll. 1993). Pour évaluer la mortalité
attribuable au tabac par sexe et par âge, l'importance des habitudes
tabagiques de la population française a été estimée à partir de l'enquête
INSEE-CREDOC réalisée en 1980 sur un échantillon représentatif de 16 Les données de mortalité pour les sujets de 25 ans et plus sont tirées des statistiques nationales de décès pour la France entière en 1995 (Source INSERM : http://sc8.vesinet.inserm.fr:1080/). Les risques attribuables au tabac ont été estimés à partir
d'une enquête de cohorte de l'American Cancer Society (Surgeon general 1988).
Pour les femmes, qui ont commencé à fumer en France beaucoup plus récemment
qu'aux Etats-Unis, les excès de risque relatif ont été divisés par deux pour
les maladies non cancéreuses, et par quatre pour les maladies
cérébro-vasculaires et pour les cardiopathies ischémiques à partir de 65 ans.
Le nombre de décès attribuables au tabac pour une cause donnée a été obtenu
en multipliant le nombre total de décès dus à cette cause par le risque
attribuable au tabac. RésultatsConsommation de tabacL’évolution des ventes de tabac et de cigarettes est décrite dans la figure 1. La consommation totale de tabac a atteint un maximum de 6,8 en 1985, elle a ensuite diminué jusqu’en 1997, et est stable depuis. Les ventes de cigarettes manufacturées étaient pratiquement nulles en 1875. Elles ont augmenté jusqu’à un maximum de 6 cigarettes par jour en 1985, et diminuent depuis. Les ventes de tabac à rouler ont diminué depuis le milieu des années 20 jusqu’en 1992, puis augmenté, passant de 0,29 g par jour et par adulte en 1992 à 0,42 g par jour en 1997. Figure
1 : |
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La consommation de cigarettes est aujourd’hui comparable
en France, au Royaume Uni et aux Etats-Unis, mais le passé tabagique est très
différent dans ces trois pays. En 1950, les consommations y étaient
respectivement de 3, 6 et 9 cigarettes par adulte et par jour. (Figure 2). La proportion de fumeurs réguliers, c’est-à-dire fumant au moins une cigarette par jour, était, en 1953, de 72% chez les hommes et de 17% chez les femmes. Cette proportion a décru de 72% à 39% chez l’homme entre 1953 et 1995, et augmenté de 17% à 27% chez la femme (figure 3). Les hommes fument aujourd’hui 65% des cigarettes vendues en France. Le tableau I montre la différence des habitudes tabagiques des deux sexes en 1980 : parmi les 22 millions de femmes âgées de 15 ans et plus, 16 millions n'ont jamais fumé, et les fumeuses, comparées aux fumeurs, fument depuis moins longtemps et ont une consommation inférieure. Toutefois cette différence entre sexes évolue puisque chez les adolescents, le tabagisme est aujourd'hui au moins aussi répandu chez les filles que chez les garçons. Figure 2 : |

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Tableau
I : Habitudes tabagiques de la population de 15
ans et plus, ______________________________________________________
_______________________________________________________ Un fumeur est un individu qui déclare fumer une cigarette par jour Source : enquête INSEE-CREDOC sur 16 000 personnes |
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En 1953, la proportion de fumeurs réguliers variait peu
avec l’âge chez les hommes, mais décroissait très fortement avec l’âge chez
les femmes de 24% entre 20 et 34 ans à 2% à partir de 65 ans (tableau II).
Aujourd’hui, chez les jeunes, les femmes fument presque aussi régulièrement
que les hommes (27% de fumeuses régulières contre 33% de fumeurs réguliers
entre 15 et 19 ans, par exemple). La
population âgée fume beaucoup moins, puisqu’à partir de 65 ans, seulement 17%
des hommes et 4% des femmes fument régulièrement (figure 3). |
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Tableau II : Pourcentage
de fumeurs réguliers par sexe et par âge en 1953, ____________________________________________________________ Age en années Sexe Année __________________________________ Total 15-19 20-34 35-49 50-64 65+ 20 + _______ _____ _____ _____ _____ _____ _____ ______ Hommes 1953 ND 73
% 73 % 73 % 65 % 72 % ___________________________________________________________ ND : non disponible Sondages SEITA (1953) et INSEE (1980 et 1990) |
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Ces données montrent aussi que, malgré le caractère
addictif de la nicotine, des millions d’hommes ont arrêté de fumer. Ainsi, la
population masculine qui avait 20 à 34 ans en 1953 comportait 73% de fumeurs.
En 1980, cette même population, dont l’âge est compris entre 47 et 61 ans,
comporte moins de 50% de fumeurs. Figure 3 |

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La comparaison des données de ventes avec les ventes estimées d’après la consommation rapportée dans les sondages montre que les sondages sous-estiment la consommation de tabac déduite des ventes d’un facteur variant de 15% à 45% selon les sondages. Trois mécanismes peuvent contribuer à cette sous-estimation. D’une part, toutes les cigarettes vendues ne sont pas fumées, une partie est perdue, ou abîmée. D’autre part des fumeurs, et particulièrement des petits fumeurs peuvent se dire non fumeurs, déclarant ainsi leur désir d’arrêter de fumer plutôt que la réalité. Enfin les fumeurs et particulièrement les fumeurs réguliers peuvent sous-estimer leur consommation. Il est impossible d’évaluer la part de chacun de ces mécanismes à la sous déclaration observée. Mobidité ou mortalité attribuable au tabagisme Les
conséquences du tabagisme sur la santé peuvent être étudiées en théorie en
termes de morbidité et en termes de mortalité. Pour estimer les conséquences
du tabagisme sur la morbidité en France, il faudrait des données nationales
sur la fréquence des maladies dont le risque est augmenté par le tabac, et
notamment des maladies cardio-vasculaires, respiratoires et des cancers.
Malheureusement, en dehors des cancers dont la fréquence est mesurée dans un
certain nombre de départements, ces données ne sont pas enregistrées en
France. On évaluera donc les conséquences du tabagisme en termes de
mortalité. Le tableau III présente les données de mortalité pour les
sujets de 25 ans et plus par sexe et par âge pour les principales maladies
liées au tabac en 1995, et le tableau IV donne les nombres de décès
attribuables au tabac. Ainsi en 1995, on a enregistré en France 20 323
décès masculins par cancer du poumon, dont 17 200 (environ 85%) sont
attribuables au tabac. |
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Tableau III : Nombre total des décès
dans la population de 25 ans et plus,
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Tableau IV- Nombre des décès attribuables au tabac, par
sexe, pour les principales maladies liées au tabac
* VADS : Voies aérodigestives supérieures c'est à dire
bouche, pharynx et larynx ** essentiellement vessie, pancréas, rein et cancer du col
utérin
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Figure 6 : Mortalité par cancer, hommes
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