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LE TABAC ET L'ANXIÉTÉ Pr. Robert
MOLIMARD
Les fumeurs trouvent à la cigarette les deux visages de
Janus. Elle stimule, elle tient
éveillé, en alerte. Mais aussi elle
relaxe, elle détend, elle soulage l'anxiété.
On fume plus lorsqu'on est anxieux, stressé, futur père dans la salle
d'attente de la maternité, médecin aux urgences, soldat aux avant-postes, ou
lorsqu'on est exposé au trac [1].
Mais, avant d'essayer de comprendre ce que sous-tend ce discours, il
faudrait s'accorder sur ce que l'on entend par anxiété. Le Larousse illustré la définit ainsi:
" Inquiétude pénible, causée
principalement par l'incertitude, l'attente.
Sentiment d'insécurité douloureuse devant un danger à venir, mais
intérieur, latent, non défini. C'est un état affectif pur". Le petit Robert insiste sur cette absence
de signes physiques: " Etat d'angoisse (considéré surtout dans
son aspect psychique)". Il définit par ailleurs l'angoisse ainsi:
"Malaise psychique et
physique, né du sentiment de l'imminence d'un danger, caractérisé par une
crainte diffuse pouvant aller de l'inquiétude à la panique et par des
sensations pénibles de constriction épigastrique ou laryngée (gorge serrée)".
Ainsi, selon le sens commun, l'anxiété est une crainte diffuse, sans
objet défini. C'est un sentiment très
différent de la peur, que motive une menace précise. Qu'un danger réel
apparaisse, on met en oeuvre des stratégies pour y faire face, et l'anxiété
s'évanouit. J'aime voir
l'anxiété ainsi: 1.-Le sentiment
d'imminence d'un danger crée un besoin d'agir. 2.- Si la menace
n'est pas définie, ne sachant d'où et quand va venir le coup, on ne sait
quelle mesure prendre, et ce besoin d'agir ne peut se traduire en
action. 3.- Le malaise
provient du conflit entre le besoin d'action et l'incapacité à agir. L'anxiété fige et paralyse ou, si le
besoin d'action est trop fort, pousse à une activité fébrile de
dérivation. Mais si le danger se
précise, l'anxiété cède la place à la peur.
Et la peur fait agir, "donne
des ailes", "décuple les
forces". Mais, si l'on ne
sait comment se défendre ou où fuir et se cacher, elle peut
parfois paralyser, ce qui revient alors au conflit anxieux. Au sens commun, l’anxiété est un phénomène purement
psychique et diffus. Or, dans les
études pharmacologiques, les modèles expérimentaux sont tous plutôt des
modèles de stress, où l'animal est exposé à une situation agressive bien
définie. Même chez l’homme, les
protocoles expérimentaux mesurent les réactions neurovégétatives provoquées
par des situations génératrices d’angoisse phobique. Dans ces conditions expérimentales, il
n'est pas démontré que la nicotine apaise l'anxiété. Ainsi, fumer ne soulage pas des sujets
ayant la phobie des rats mis en présence d’un rat blanc [2]. La composante psychique d’appréhension
diffuse "tous azimuts"
caractéristique de l’anxiété humaine commence à peine à être étudiée. Certains tests d’interaction sociale [3],
de comportements des animaux dans des environnements peu familiers seraient
sans doute plus proches de la situation d’anxiété chez l’homme, mais n’ont
apparemment pas été appliqués à l’étude des effets du tabac et de la
nicotine. La psychiatrie est d'un maigre secours pour
aider à comprendre cette anxiété au sens commun. Les manifestations d'anxiété dont les fumeurs disent que la
cigarette les soulage ne sont pas habituellement suffisamment importantes
pour amener à consulter un spécialiste, et le DSM4 décrit des troubles qui
n'ont guère de rapport avec elles. Il
ne parle que d'attaques paniques, d'agoraphobie et de phobies diverses, en
particulier de phobies sociales. Très
curieusement, les angoisses à thème somatique ou psychologique, hantise
globale et diffuse de maladies horribles, cancer, sida, infarctus, ou d'une
perte d'efficacité psychique, mnésique, les craintes d'accident,
d'agressions, qui tourmentent beaucoup de sujets, ne sont pratiquement pas
abordées par le DSM4, et entreraient plutôt sous l'oeil des classificateurs
dans le cadre des préoccupations hypochondriaques, bien qu'elles expriment
souvent plus les craintes du sujet pour ses proches que pour lui-même. Ne pouvant entrer dans les états d'âme du chat, Cannon au
début du siècle avait observé les réactions de l'animal face à un danger, qui
le préparaient au combat où à la fuite (fight
or flight). Cette préparation est
essentiellement catécholaminergique, hérissement du poil (pour avoir l'air
plus gros et fort?), tachycardie, vasoconstriction cutanée, mais
vasodilatation musculaire préparant à l'effort, et mobilisation des réserves
énergétiques avec hyperglycémie, etc...
Dans la situation anxieuse, où l'on ne sait ni où fuir, ni que combattre, cette préparation
intense à l'action se heurte à l'impossibilité d'agir (fright). De cette
dissociation pourraient naître les sensations pénibles. Quels remèdes à ce malaise? Des médications peuvent s'opposer
à la réaction neurovégétative: anxiolytiques, agissant en amont sur le
phénomène purement psychique de l'anxiété, bétabloqueurs atténuant en aval
ses conséquences physiques neurovégétatives (qui peuvent par leur perception
même amorcer un cercle vicieux aggravant l'anxiété). Mais l'organisme ne dispose pas
naturellement de ces artifices, et tente essentiellement d'évacuer le besoin
d'action par une activité vicariante, désordonnée sous forme d'une agitation
fébrile, ou organisée sous forme de rituels, de prières, de sacrifices, ou
d'agressivité envers personnes ou objets. La cigarette joue certainement un rôle de cette nature. Fumer est un comportement hautement
ritualisé, associé à des images valorisantes de flegme, d'efficacité
véhiculées par le cinéma. Mais
l'écran de fumée est aussi une protection passive, une fuite. La cigarette est également une affirmation
provocante de soi et une défense active.
"Quand je n'ai pas ma
cigarette, je suis sans arme" me disait un consultant. Elle permet aussi de "faire quelque chose". On joue avec son paquet et son briquet, on
la tripote, on la tasse, on écrase soigneusement le mégot. Avec la pointe d'une allumette, on le
transfixe, on le dilacère, on remue les cendres dans le cendrier. Cette manipulation, cette destruction d'un
objet sans valeur permet de dériver le besoin d'action, d'assouvir à peu de
frais une réaction agressive. Enfin,
fumer est aussi se prouver que quelque chose peut se frayer un chemin à
travers la gorge serrée par l'angoisse, donc qu'on respire, donc qu'on vit, et que par conséquent il y
a de l'espoir. Mais fumer n'est pas qu'un geste. Le tabac contient des substances pharmacologiques très actives. Fumer ou priser soulage l'anxiété provoquée par la recherche de la solution d'un anagramme insoluble sous la pression d'une récompense promise, alors que les cigarettes sans nicotine sont inefficaces. Bien que le rôle d'autres substances pharmacologiques du tabac ne puisse être exclus, la nicotine a de bonnes chances d'être le facteur responsable de cet effet [4]. Pourtant son rôle dans la levée d'anxiété est très ambigu. L'effet majeur de la nicotine, stimulation sympathique et centrale, mime la réaction au stress: libération systémique d'adrénaline, et activation de la substance réticulée activatrice, dont les voies ascendantes, associées aux neurones noradrénergiques du locus cœruleus, provoquent l'éveil cortical. Les voies descendantes stimulent les motoneurones gamma de la corne antérieure de la moelle qui font contracter la partie musculaire des fuseaux neuromusculaires. La réponse réflexe du motoneurone alpha à l'étirement du muscle est ainsi amplifiée, ce qui se traduit par une augmentation du tonus musculaire responsable de la sensation de tension (stress). (figure 1). Il est donc tout à fait paradoxal que cet effet de la nicotine, similaire à la préparation au combat où à la fuite (fight or flight) que décrivait Cannon au début du siècle chez le chat exposé à un danger, puisse s'accompagner d'une sensation de relaxation. Il y a donc bien un paradoxe. Les fumeurs disent que le tabac
lève leur anxiété, et il est vrai que les sujets qui ont des troubles anxieux
sont plus volontiers fumeurs. Chez
les adolescents, les fumeurs de plus d'un paquet par jour ont 6,8 fois plus
de chances d'être agoraphobiques, 5,5
fois plus d'avoir une anxiété généralisée et 15,6 fois plus d'avoir des
troubles paniques. Mais ces troubles
ne prédisposent aucunement à l'installation définitive d'un tabagisme à l'âge
adulte [5]. Le problème est celmui de
la poule et de l'œuf: fume t'on parce qu'on est anxieux, où est-on anxieux
parce qu'on fume? En fait, 4 semaines après
l'arrêt du tabac, le niveau d'anxiété des fumeurs diminue [6]. On retrouve donc bien l'effet anxiogène
du tabac, et il est important de pouvoir dire aux fumeurs anxieux qui ont
peur de s'arrêter que leur anxiété s'améliorera à l'arrêt. Mais que penser de cette affirmation
constante des fumeurs qui prétendent que fumer les relaxe. Nesbitt, ayant noté que si
chez le sujet normal l'état émotionnel était d'autant plus marqué que les
manifestations physiologiques étaient plus fortes, le contraire était observé
chez les fumeurs, propose à ce paradoxe qui porte son nom deux explications. L'une psychologique que, ressentant une
activation susceptible de se traduire en angoisse, les fumeurs peuvent
l'attribuer de façon rassurante à leur cigarette. L'autre, que la stimulation catécholaminergique
quasi-permanente chez le fumeur rendrait moins efficace l'activation
sympathique liée au stress, par une tachyphyllaxie, une sorte de
mithridatisation [7]. Une troisième
possibilité pourrait tenir à ce que la nicotine stimule la production d'ACTH. Or chaque molécule d'ACTH est libérée
conjointement avec une molécule de béta-endorphine aux vertus sédatives,
puisque ces deux molécules résultent du clivage d'une même préhormone, la
pro-opiomélanocortine [8]. De plus,
la cotinine, métabolite principal de la nicotine, bloque la synthèse de
cortisol deux fois plus efficacement que la métyrapone (métopirone®), et
s'oppose donc au freinage rétroactif de la libération d'ACTH [9]. Il pourrait s'agir aussi d'un effet
central particulier de la nicotine qui, en sus de libérer des catécholamines,
augmente l'affinité du récepteur aux benzodiazépines, qui est un récepteur au
GABA [10] dont elle stimulerait par ailleurs la libération [11]. Le mécanisme anxiolytique s'apparenterait
à celui des benzodiazépines. Cet
effet pourrait d'ailleurs être indirect, passant par la stimulation de la
sécrétion de corticoïdes, dont on sait qu'ils diminuent l'excitabilité du
système nerveux central par une action sur le système des
récepteurs-GABA-benzodiazépines [12].
Pomerleau, ayant montré que les corticoïdes diminuaient la sensibilité
des récepteurs à la nicotine, suggère de plus que cet effet pourrait
expliquer l'augmentation de l'intensité de la fume dans les situations
stressantes [13]. Shiffman et Jarvik concluaient au contraire que le paradoxe
de Nesbitt n'était pas un phénomène robuste, n'ayant pas trouvé de corrélation entre l'éveil
émotionnel, mesuré par le seuil de la douleur après des chocs électriques et
un score d'anxiété, et l'éveil physiologique mesuré par l'augmentation de la
fréquence cardiaque [14]. De même,
dans une revue récente, Parrot attribue la relaxation au simple soulagement
de l'irritabilité et de la tension liées au sevrage qui se développe dans
l'intervalle de deux cigarettes, et conclut que le paradoxe de Nesbitt n'a
jamais existé [15] . Pourtant la clinique est têtue, et qu'une cigarette après une période de sevrage soit perçue comme une détente n'enlève rien à la réalité de l'effet. Or la réponse pourrait bien avoir été donnée il y a 30 ans, avant même la description de Nesbitt, lorsque Domino a montré que fumer diminuait le réflexe rotulien [16]. L'intensité de la réponse réflexe est en effet une mesure du tonus musculaire, qui s'abaisse donc sous l'influence de la cigarette. Cette véritable détente musculaire confirme la réalité du paradoxe. Mais s'agit-il d'une une réponse dissociée de la réticulée activatrice, stimulation corticale mais diminution des influx dans les voies réticulospinales et donc de l'activité gamma, ce qui constituerait un effet paradoxal sur les centres supérieurs? Je propose au contraire qu'il s'agisse simplement de superposition d'une stimulation directe de l'interneurone de Renshaw par la nicotine. En effet (figure 1), l'activité du motoneurone alpha est rétro-contrôlée par un dispositif anti-emballement. L'axone émet une collatérale rétrograde qui fait synapse avec un interneurone dans la corne antérieure de la moelle. Celui-ci déprime l'activité du motoneurone alpha par une synapse dopaminergique. Or la synapse entre la collatérale et l'interneurone est cholinergique nicotinique, c'est même à son sujet qu'a été décrite pour la première fois une action nicotinique de l'acétylcholine dans le système nerveux central. On peut donc interpréter la baisse du tonus musculaire par une action directe de la nicotine sur l'arc réflexe myotatique, et non comme une baisse de l'activité de centres supérieurs. Le sentiment de relaxation ne serait donc pas le résultat d'une sédation centrale, mais la perception par le fumeur d'une réelle baisse du tonus musculaire d'origine médullaire. Ce mécanisme pourrait avoir d'autres avantages. L'éventuelle augmentation de l'activité gamma liée à la stimulation nicotinique de la réticulée ne pourrait s'exprimer du fait de l'inhibition du neurone moteur. Elle créerait cependant une excitation post-synaptique facilitant la décharge du motoneurone alpha lors de l'arrivée d'influx volontaires par les voies pyramidales, et continuerait à inhiber les réflexes nociceptifs de flexion évidemment défavorables à l'action. Hypervigilance, relaxation musculaire, mais facilitation du mouvement volontaire sont les qualités qui permettent à Lucky Luke de dégainer plus vite que son ombre [17]. Gilbert Lagrue cite le cas d'un de ses patients champion de tir, qui avait vu ses performances se dégrader à l'arrêt du tabac, et avait récupéré sous substitution nicotinique. Ainsi, le le succès extraordinaire du cow-boy de Marlboro pourrait tenir à ce qu'il est l'image même de l'effet de la nicotine, le stéréotype du héros cool et en apparence très détendu qui arpente la grand rue, mais, en gros plan, le regard perçant, tous les signes de la plus grande vigilance, et la réaction immédiate au danger.[18] De nombreuses échelles ont été établies pour tenter de mesurer
l’anxiété. La plus classique est
celle de HAMILTON, où l'anxiété psychique comme l'anxiété somatique sont
notées d'après 7 items [19]. Des
variantes plus courtes ont été proposées, comme celle de COVI qui repose sur
3 items: discours du sujet, comportement et plaintes somatiques [20]. Le F.A.R.D. (Ferreri Anxietry Rating Diagram), élaboré par analyse factorielle
des critères du D.S.M.3 et de l'échelle de HAMILTON évalue le retentissement
de l'anxiété sur l'activité des sujets dans 4 directions, ou pôles:
somatique, relationnel, cognitif ou de vigilance[21]. Il s’agit de
l’évaluation par un clinicien et non d’un autotest. Chaque pole d’anxiété est noté sur 18 par addition des scores
obtenus sur 3 items notés de 1 à 6.
Ferreri reporte ensuite ces scores sur un diagramme qui permet de
visualiser le profil d’anxiété d’un sujet. A.- Pôle
somatique : 1. Attitude, selon le
degré de tension posturale 2. Troubles
neurovégétatifs 3. Plaintes, douleurs
(ce doit être mon cancer…) B.- Pôle relationnel
1.
Appréhension, selon le degré d’inquiétude et de préoccupations 2.
Tension intérieure 3.
Difficultés de contact social C.- Pôle de vigilance
1.
Irritabilité 2.
Troubles sensoriels selon le degré d’hyper-réactivité 3.
Troubles du sommeil D.- Pôle cognitif
1.
Concentration et mémoire 2.
Lassitude, incapacité d’action 3.
Doute-Indécision Certaines échelles ont été spécialement conçues pour
l’étude du tabagisme. Ainsi Russell a proposé une "Echelle de styles de tabagisme" en 34 items, où
l'analyse factorielle reconnaît 6 styles.
Le facteur "anxiété/soutien"
est chargé par les items suivants :"Fumer
me remonte le moral", "Quand
je fume, je me sens plus assuré avec les autres ", "J'allume une cigarette quand je me
sens irrité par quelque chose".
Un facteur "relaxation"
est indépendamment exprimé par:
"La meilleure cigarette est celle d'un repos tranquille",
"Je ne fume que quand je peux me
relaxer et l'apprécier" et "Je
trouve que c'est un plaisir d'aspirer la fumée dans les poumons". Il faut reconnaître qu'il s'agit là plutôt
du plaisir à fumer lorsqu'on est relaxé que de la perception d'un effet
relaxant [22]. La validation d'une
version française de cette échelle a été réalisée par S. Carton, qui
reconnaît 7 facteurs. Parmi eux,
quelques items du facteur psychosocial
"Il est plus facile de
s'entendre et de parler avec les gens quand on fume" , "Je me sens plus séduisant(e) quand
je fume" et du facteur stimulant "Fumer m'aide à penser et à me concentrer" participent
d'évidence à certaines formes d'anxiété [23]. Parmi les
autoquestionnaires, celui de Spielberger (State-Trait
Anxiety Inventory) a été très utilisé dans des études sur le tabac. La State
Anxiety, état émotionnel passager, est distinguée de la Trait Anxiety qui traduit un caractère
anxieux [24]. Une traduction de l'Hospital
Anxiety Depression Score (HAD) est largement utilisée en France
[25]. Sept des 14 items évaluent
l'anxiété, mais le test doit surtout son intérêt au dépistage des dépressions
masquées qui peuvent se décompenser lors du sevrage tabagique. Aucun des items de ces tests n'explore les
inquiétudes sur la santé ou les performances psychiques. Peu d'études en France ont porté sur
l'évaluation de l'anxiété dans le tabagisme.
C. Zacharie a utilisé l'Echelle de Styles de Tabagisme de Russell et
le HAD dans une étude sur un groupe de 94 lycéens. Les résultats sont décevants quant aux relations entre anxiété
et tabagisme. Le score d'anxiété HAD
est beaucoup plus élevé chez les filles que chez les garçons, mais ne permet
pas de différencier les 23 fumeurs des non-fumeurs. L'échelle de styles de tabagisme montre que, parmi les fumeurs,
le score sur le facteur "relaxation"
est beaucoup plus élevé chez ceux qui sont en difficulté scolaire, qui
évoquent par ailleurs le plaisir du geste et le facteur stimulant [26]. Nous avons utilisé le FARD dans ma
consultation d'aide aux fumeurs de l'Hôpital Max Fourestier à Nanterre, en
comparant chez 163 sujets, 105 hommes et 58 femmes, la plupart faisant partie
du personnel de l'hôpital, un groupe de. 46 fumeurs venant à la consultation
et trois autres groupes, à savoir 46 non-fumeurs de toujours, 46 fumeurs n'exprimant
pas de désir de s'arrêter et 25 ex-fumeurs ayant arrêté depuis au moins un
an, avec une médiane de 5 ans [27].
Tous les sujets étaient évalués par le même psychologue. Nous n'avons pas trouvé de différence
significative d'âge, de sexe, de niveau socio-économique ou de niveau
d'éducation entre les 4 groupes. Le
tableau I donne les résultats qu'on peut résumer ainsi: 1-
Pôle somatique: Les non-fumeurs
ont très peu de manifestations somatiques d'anxiété et n'expriment pas de
craintes de santé. Les ex-fumeurs ont
un score très voisin. Au contraire,
les consultants paraissent très inquiets, et les fumeurs apparemment
satisfaits de leur sort ne le sont guère moins. Il n'y a rien que de très logique, le risque à fumer, connu et
médiatisé, suscitant l'inquiétude chez les fumeurs, les plus anxieux à ce
sujet étant poussés à consulter. 2-
Pôle relationnel: La surprise vient du score
particulièrement élevé chez les non-fumeurs.
La convivialité, la facilitation des échanges par l'usage de la
cigarette pourraient expliquer la quasi-absence d'anxiété relationnelle chez
les fumeurs. Le score un peu plus
élevé de ceux qui viennent consulter pourrait être en rapport avec la montée
d'une intolérance sociale et des difficultés avec l'entourage liées à leur
tabagisme intense. Mais le manque de
nicotine ne se traduit pas par une montée de l'anxiété chez les ex-fumeurs,
qui ne semblent pas souffrir, bien au contraire, du manque de cigarette,
comme si les habitudes relationnelles étaient prises depuis l'adolescence et
n'avaient plus besoin de ce support matériel. 3-
Pôles Cognitif et
de Vigilance: Sur ces deux pôles, les
non-fumeurs se montrent également particulièrement anxieux. Malgré l'absence de nicotine, réputée
faciliter la mémoire, l'efficacité psychique et la vigilance, les ex-fumeurs
ne se plaignent de rien dans ces domaines.
Au total, c'est chez eux que le score d'anxiété global est le plus
faible. Ils n'ont plus d'angoisses de
santé, ils ont gardé leurs amis, ils trouvent qu'ils "fonctionnent plutôt bien" et ont
acquis une sorte de sérénité. Une
autre étude montre que les ex-fumeurs ont un score plus faible sur une
échelle de perception du stress que ceux qui continuent à fumer ou que ceux
qui rechutent, et suggère que ce n'est pas l'augmentation du stress qui
provoquerait la reprise du tabagisme, mais plutôt fumer qui augmenterait le
stress subjectif [28]. La leçon de notre étude est que non-fumeurs
et ex-fumeurs sont parfaitement distincts sur le plan de l'anxiété. On ne devient pas "non-fumeur", on devient "ex-fumeur". Pourquoi
les non-fumeurs sont-ils aussi anxieux sur les autres plans que
somatique. Une hypothèse est que ce
soit justement cette difficulté innée de contact avec autrui qui les ait
protégés à l'adolescence, les empêchant de se mêler facilement aux groupes où
l'on apprenait à fumer. Il faudrait
pour le démontrer suivre une cohorte de jeunes adolescents pour voir si un
certain degré d'anxiété relationnelle naturelle ne protégerait pas contre le
tabagisme. Quant à la sérénité des
ex-fumeurs, on peut y voir un effet de sélection, seuls pouvant s'arrêter
ceux qui n'ont pas besoin de la nicotine ou de la cigarette pour régler leurs
angoisses. Mais elle pourrait aussi
être acquise, fruit de la longue maturation et du changement profond de la
personnalité qui aboutit, point
terminal du processus, à l'arrêt définitif du tabac. Tableau I . Score moyen d'anxiété (± e.s.m) des 4
groupes selon les 4 pôles d'anxiété.
Pour chaque pôle, l'analyse de variance donne une hétérogénéité très
significative entre les groupes (p<0,0001). Les différences ont été testées par le test de BONFERRONI. Pour chaque pôle, les lettres dans une
case symbolisent la signification de la différence avec les autres groupes
définis par leur initiale, répétée en fonction du degré de signification (par
exemple, f: p<0,05, ff=p<0,01, fff=p<0,001 pour la différence avec
le groupe fumeurs) |
|
Pôles
|
Non-fumeurs n |
Fumeurs Consultants c |
Fumeurs f |
Ex-fumeurs e |
|
Somatique |
3,0 ±0,45 ccc,f |
6,6 ±0,46 nnn,ee |
5,1 ±0,62 n |
3,3 ±0,76 cc |
|
Relationnel |
8,6 ±0,44 ccc,fff,eee |
4,8 ±0,26 nnn,ff,e |
2,8 ±0,51 nnn,cc |
2,3 ±0,68 nnn,c |
|
Cognitif |
5,9 ±0,34 ccc,fff,eee |
3,5 ±0,36 nnn,e |
2,3 ±0,48 nnn |
1,7 ±0,52 nnn,c |
|
Vigilance |
6,6 ±0,66 c,fff,eee |
4,2 ±0,37 n,ff |
2,2 ±0,37 nn,cc |
2,4 ±0,59 nnn |
|
Total |
24,0 ±1,09 cc,fff,eee |
19,2 ±0,57 nn,ff,eee |
12,4 ±1,63 nnn,cc |
9,8 ±1,80 nnn,ccc |

|
Figure 1: Le neurone moteur α de la corne
antérieure, voie finale commune de Sherrington, reçoit les fibres sensitives
Ia provenant de la terminaison annulospirale du fuseau neuromusculaire,
sensible à l'étirement du muscle.
C'est l'arc monosynaptique du réflexe myotatique. L'étirement brutal du quadriceps par percussion
du tendon rotulien provoque une réponse inadaptée de projection antérieure de
la jambe. La sensibilité de ce
réflexe est réglée par le degré de contraction de la partie musculaire du
fuseau, qui dépend de l'activité des neurones γ. Leur stimulation par les voies
réticulospinales provenant de la substance réticulée activatrice augmente
donc le tonus musculaire. Celle-ci
stimule également le cortex, donnant une réaction d'éveil. Comme le stress, la nicotine stimule la
réticulée, directement et par l'intermédiaire de l'adrénaline circulante. L'activité du motoneurone
α est rétrocontrôlée par le circuit de Renshaw. La nicotine stimule également
l'interneurone de Renshaw qui inhibe le motoneurone α, rendant
inefficace l'augmentation des décharges d'origine fusoriale. RÉFÉRENCES
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